23 juillet 2015

Newsletter #29, Huaraz à Cajamarca…en passant par Trujillo!

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Six jours de farniente quasi totale à Huaraz, ça vous requinque des cyclistes fatigués! Au menu: des dîners et des soupers dans de bons restaurants et des desserts et encore des desserts dans la meilleure pâtisserie de la ville (Rossonero!), on s’est payé la traite! Nous avons tout de même fait une journée d’excursion pour voir la laguna de Llanganuco et visiter le cimetière-mémorial de Yungay au passage. Rien de trop épuisant, car nous sommes allés en autobus. En fait, on a pu vérifier que faire cette route de montagnes en gravier, avec les vélos, ça aurait été du sport, car même en bus, ça brassait terriblement. Nos jambes nous remerciaient presque de leur avoir épargné un tel supplice!

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Mais puisqu’il faut bien repartir un jour, nous revoilà sur la route. Nous hésitions entre la côte et la montagne…Qui a gagné demandez-vous? Eh! bien! personne, car nous ferons les deux! Nous irons d’abord vers Trujillo, sur le Pacifique, ce qui signifie que nous allons descendre! Charles est content. Nous roulerons ensuite une centaine de kilomètres vers le nord avant de reprendre le chemin des Andes en remontant vers Cajamarca. Ce trajet moins direct a le mérite d’être aussi plus progressif et surtout, la route est asphaltée. Tout le monde est heureux, Charles se repose les jambes (Denise aussi, bien sûr!) et Denise est ravie devant la perspective de retrouver les paysages sans pareil des sommets andins.

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En partant de Huaraz, nous traversons donc le Callejon de Huaylas, la vallée  enclavée entre la Cordillera Blanca et la Cordillera Negra. Une succession de petits villages permet d’agréables pauses tout au long du trajet. En après-midi, nous nous engageons dans le fameux Canyon del Pato, où une succession de 35 tunnels nous attend. En effet, ici la route se faufile entre les deux chaines de montagnes, accrochée littéralement aux vertigineuses falaises qui bordent le canyon. On a carrément dû tailler la route dans la roche. Heureusement pour nous, la voie est pavée et ça descend. Seul petit bémol, certains des tunnels sont assez longs et pas éclairés. Vive les lampes frontales!

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Après une nuit à Huallanca, dans un modeste hostal, nous nous retrouvons sur une route de gravier…Bon! nous pensions que le bitume continuait…mais au moins, ça descend, qu’on se dit. C’était sans compter sur les effets du vent, notre cher meilleur ennemi. Il souffle de front, sans gêne aucune, tellement, qu’il faut pédaler pour avancer dans les descentes! Y en aura pas de facile, qu’il disait. À mi-journée, nous croisons un jeune couple de Bretons, Kristel et Fabien, partis eux aussi à la conquête des routes d’Amérique du Sud. Ils veulent rejoindre Ushuaia au sud du continent. On leur souhaite bonne route!

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Ce soir-là, nous nous retrouvons dans le petit village de Chuquicara et nous voilà au même hostal que les Bretons la veille. Le proprio nous demande même de leurs nouvelles. La route nous a tellement secoué que nous sommes fourbus. En plus, comme il y avait pas mal de circulation, nous sommes littéralement couverts de poussière. La douche est froide mais nous n’avons pas le choix, il faut bien se décrasser. Sommes-nous plus endurcis ou si c’est le fait qu’il fait plus chaud, mais nous nous en tirons sans trop de grimaces. Ça dort mieux tout propres!

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Le gravier continue le lendemain, mais il semble mieux entretenu, si bien que ça roule sans peine jusqu’à ce qu’on arrive à un ‘desvio’ (détour) dû à des travaux de réaménagement de la route. Comme toujours au Pérou, pourquoi faire facile quand on peut faire compliqué se dit-on! En effet, le ‘desvio’ en question, d’environ 2 kilomètres, grimpe littéralement à l’assaut de la montagne qui borde la route, avec un gradient à vous arracher le coeur, avant de redescendre de l’autre côté pour finalement rejoindre la route à peine 500 mètres plus loin de notre point de départ! Le même manège se répète peu avant d’arriver à la jonction avec la Panaméricaine si bien que nous ajoutons plusieurs kilomètres à cette longue journée.

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Nous décidons de faire étape à Chao, une petite ville sur l’autoroute. Cependant, des célébrations sont en cours à notre arrivée. On nous dit que c’est l’anniversaire de la ville et il y aura ‘feria’ toute la nuit…Ouille! Ça promet. Mais nous sommes trop fatigués pour continuer, donc nous partons à la recherche d’un hostal, mais pas de chance, tout est plein! Il y a bien cet hôtel « à l’heure » qui me dit qu’à partir de 20 heures, nous pourrions rester pour la nuit…Hum! Finalement, nous optons pour l’hospedaje Paraiso (paradis…très surfait comme nom!), et nous nous retrouvons dans une chambre plutôt décrépite, mais au moins, nous avons un toit. Cependant, dans la cour à côté, une fanfare s’en donne à coeur joie et ça dure jusqu’à passé 22 heures. En plus, nous percevons les échos des autres célébrations qui ont lieu un peu partout dans la petite ville. Ajoutez à cela, les énormes pétards qui ressemblent à des bombes qu’ils font sauter régulièrement. Finalement, ajouter un ’s’ au nom de la ville et vous êtes près de la réalité! Nous ne serons pas fâché de lui dire adieu le lendemain. (Chao se prononce justement ‘tchao’!!!) 

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Pour continuer dans les jeux de mots, voilà que nous nous retrouvons justement dans le chaos le lendemain, sur la Panaméricaine. Il y a travaux sur presque toute la route après Viru, jusqu’à Trujillo. Au Québec, qui dit travaux, dit problèmes, n’est-ce pas? Alors imaginez ce que ça donne au Pérou ou rien ne semble organisé! Nous nous retrouvons donc comme deux minuscules fourmis dans une mer d’énormes camions, bloqués dans un gigantesque bouchon de circulation sur plus d’un kilomètre de long, sur 2 voies de large. Quand ils décident de réouvrir la route, devinez ce qui se passe. Chaque chauffeur tente de se faufiler en tête, se klaxonnant à qui mieux mieux, passant sur l’accotement où se trouvent les deux misérables cyclistes, sans aucun égard pour notre sécurité. Denise frôle la crise de nerfs à plusieurs reprises et certains chauffeurs ont droit à la plus complète version des gros mots en québécois! À défaut de nous protéger, ça défoule. Nous finissons finalement par nous en sortir sains et saufs, nous sans avoir respiré notre trop plein de gaz d’échappement. C’est aussi épuisant que de grimper en altitude conclut Denise.

Après notre nuit ratée à Chao et cette bataille épique avec les camions, nous voilà mûrs pour une journée de repos. Trujillo a beau être une grande ville, son coeur historique a du charme et on y trouve un joli petit hôtel tranquille (le Colonial). Nous en profiterons pour aller visiter la forteresse de Chan Chan, un grand complexe en plein désert, datant d’avant les Incas. 

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Nous prenons aussi le temps d’aller saluer Lucho à la Casa de Cyclistas. Cet homme est célèbre dans le monde du cyclotourisme car il offre l’hospitalité aux cyclistes de passage depuis des années. Il est aussi la personne par excellence pour nous
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rassurer sur l’itinéraire à prendre vers le nord. En effet, depuis plusieurs années, des histoires d’agressions de cyclistes aux alentours de Paijan, quelques 50 km au nord de Trujillo, se promènent sur le web. Vrai ou faux? Nous sommes craintifs car personne ne veut vivre ce genre d’expériences, n’est-ce pas? Lucho nous confirme qu’il y a bel et bien eu des incidents il y a quelques années. Il semble toutefois que rien de fâcheux ne se soit produit récemment, dans la région de Paijan.

Nous voilà donc rassurés et nous nous lançons sur la Panaméricaine avec objectif de rejoindre Pacasmayo, une centaine de kilomètres plus loin. Évidemment, nous restons vigilants, et jusqu’à un certain point, nous nous rendons compte que ce genre d’histoires instillent une certaine méfiance dans tout voyageur, même le plus audacieux. Car tous les cyclistes rencontrés, sans exception, nous ont mentionné ces histoires, et ont évité le secteur, mais personne n’a vérifié leur authenticité ou du moins si elles avaient encore cours! Dommage. Et à dire vrai, dans le secteur qui était à problème, c’est là que les gens ont été les plus chaleureux avec nous, nous applaudissant même au passage! 

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Nous faisons aussi connaissance avec Antonio, un vieil homme qui tient une toute petite tienda au bord de la route. Il nous accueille chaleureusement, et même si Charles doit réparer une crevaison, le voilà qui part dans une prêche catholique enflammée, mais il garde son air jovial tout le long. Quand nous repartons, il multiplie les bénédictions et les prières pour notre sécurité. 




Pour faciliter la journée, voilà que cette partie de la Panaméricaine est en parfaite
condition, récemment réasphaltée, avec un large accotement. Seule déception, le paysage désertique reste noyé dans les nuages et c’est sous un ciel couvert que nous arrivons à Pacasmayo, une station balnéaire sur le Pacifique. Enfin! nous voyons la mer! Tout excités, nous décidons de nous offrir le plus joli hôtel avec balcon donnant sur la mer. C’est au son des vagues se fracassant sur les galets que nous nous endormons ce soir-là, non sans avoir assisté à un flamboyant coucher de soleil, car oui, le soleil a daigné réapparaitre en début de soirée! La vie est belle…tellement, qu’on se laisse tenter par une 2e journée de repos au bord du Pacifique. 

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Nous repartons donc en pleine forme à l’assaut des Andes par la route de Cajamarca qui suit le rio Magdalena. Nous sommes au coeur d’une vallée verdoyante tapissée d’une courtepointe de rizières en terrasses et de plantations d’arbres fruitiers en tout genre.  Après le luxe de notre hôtel en bord de mer, ce sont des bivouacs plutôt rudes qui nous attendent. En effet, le terrain est très vallonnée, donc peu d’endroits plats sont accessibles de la route et la rivière en contrebas parait hors d’atteinte. Nous demandons donc dans un petit village où nous pourrions nous installer. Deux femmes nous amènent au terrain de soccer, enclavé entre deux falaises. On y descend littéralement par un escalier! Les dames nous assurent que nous serons tranquilles…sauf que ce n’est pas long que tout le village semble au courant et nous voyons des gens s’installer dans les rochers pour nous observer. Puis un groupe d’enfants, un peu timides d’abord, finissent par venir jouer au ballon avant de décider qu’il est plus intéressant de poser mille questions aux étranges gringos qui montent leur tente. Enfin, c’est au tour de plusieurs adultes de nous tenir compagnie, si bien que nous savourons nos pâtes au thon sous le nez de plusieurs personnes. Quand il commence à faire noir, on nous laisse enfin seuls…ouf!

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Malheureusement, la nuit sera loin d’être calme. La route passe juste en contrebas du terrain de soccer et plutôt tranquille le jour, elle devient une véritable autoroute la nuit avec un flot incessant de gros camions et d’autobus qui ralentissent pour franchir le dos-d’âne, justement là, en bas! Une boite de camion vide qui brasse, ça en fait du bruit! Au matin, c’est un gros scorpion qui trottine près de notre tente qui vient nous prévenir qu’il vaut mieux  secouer les chaussures avant de les enfiler…

Le lendemain, nous retrouvons les fameuses routes andines en lacets, avec précipices vertigineux, si bien que encore une fois, nous campons dans une cour…tout près de la route! Une autre nuit bruyante en perspective. Si bien que quand nous parvenons enfin à Cajamarca le lendemain, notre priorité est de trouver un hôtel tranquille!

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Nous passerons 2 jours ici pour bien reposer les jambes car il nous reste encore pas mal de route de montagnes à franchir avant d’arriver en Équateur. Nous nous dirigeons vers le nord-est, à la limite de l’Amazone, dans des forêts pluviales, au climat chaud et humide. Le chemin que nous suivrons est réputé pour ses vues spectaculaires, mais aussi par son étroitesse à flanc de falaises. Ça promet! 

À suivre…

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7 juillet 2015

Newsletter #28 Ayacucho à Huaraz

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Il s’en est passé des choses depuis notre départ d’Ayacucho le 19 juin! D’abord, nous avons célébré notre première année sur la route et nous avons franchi les 14,000 kilomètres au compteur. Puis, Charles a frôlé la mort un peu avant Cerro de Pasco et nous avons été pris dans une tempête de neige à plus de 4,700 mètres d’altitude dans le parc Huascaran! Rien que ça!




Je vous raconte:
Ayacucho s’est révélée une étape bien agréable et nous y avons refait le plein d’énergie grâce aux excellents restaurants qu’on y trouve. Des cyclistes que nous avons rencontrés nous assurent que la suite du trajet est un peu plus facile…Ça reste à voir!

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Jusqu’à Mayoc, tout va bien. Nous y passons la nuit dans un petit ‘hostal’ plus que rudimentaire (pas d’eau courante jusqu’à 7 heures du matin, donc pas d’eau chaude évidemment!). Le lendemain, nous atteignons la route qui longe le rio Mantaro sur plus ou moins 244 km. Le chemin serpente à flanc de falaises en une succession constante de petites montées raides. Nous trouvons quasiment cela plus difficile que les longues ascensions où on peut trouver son rythme. Mais quel bel environnement! Trouver un petit coin bivouac est facile le premier soir, juste au bord du rio…Pendant notre souper, nous avons la visite d’un groupe de jeunes, curieux de savoir qui nous sommes…Fait à noter, une partie du groupe craignait de nous approcher, pensant que nous pouvions être dangereux! Ils repartent ravis, après avoir pris chacun leur tour, des photos de nous avec leur cellulaire. 

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Jusqu’à maintenant, il y a peu de circulation sur cette route et c’est le bonheur pour des cyclistes. Tout change après Izcuchaca où l’intersection avec la route de Huancavelica ajoute son flot de camions et d’autobus sur ce qui devient la Carretera Central. Il y a bien un étroit accotement, heureusement, mais on est loin de l’impression d’être seul au monde. Dès la sortie de Jauja, la montée devient plus corsée, si bien qu’arrivés à 3,685 mètres, nous rendons les armes. Le reste de l’ascension attendra à demain. Le bivouac installé derrière un bâtiment servant de centre de santé sera calme mais mon Dieu qu’il fait froid à cette altitude la nuit! Le lendemain, il y  du frimas partout sur la tente et les duvets sont trempés. Dur réveil…

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Nous parvenons tout de même à terminer la montée en avant-midi avant de redescendre jusqu’à Tarma où nous ne prévoyons pas nous attarder car une autre longue remontée nous attend. C’était sans compter sur l’effet de fatigue d’après diner… En effet, nous sommes arrêtés dans un StopPollo, un restaurant de poulet-frites, un des menus les plus populaires au Pérou. Évidemment, la lenteur du service péruvien fait qu’il est presque 13h30 quand nous terminons le repas et les jambes ont eu le temps d’ankyloser. Pourquoi ne pas rester ici? La montée peut attendre à demain, n’est-ce pas? D’autant plus que juste derrière le resto, un superbe hôtel entouré de jardins magnifiques semble nous attendre. Nous décidons sur un coup de tête, de nous payer ce luxe! En plus, un excellent restaurant s’y trouve et nous y dégustons des spécialités péruviennes savamment apprêtées. Ça nous change des pâtes au thon…

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Cette halte nous a fait le plus grand bien car le lendemain, nous terminons la grande ascension au dessus de 4,000 mètres jusqu’à Junin, une petite ville où nous dénichons un ‘hostal’ pour nous mettre à l’abri du froid mordant. Le proprio est extrêmement sympathique et il nous prépare même des bouillottes pour le lit! 



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Le lendemain matin, de gros nuages nous font craindre le pire et c’est chaudement vêtus que nous nous lançons sur la route, espérant de tout coeur que le soleil daigne se montrer. Nous l’échappons belle, seulement quelques gouttes nous tombent dessus. Belle rencontre de la journée: deux jeunes Américains à vélo, Amanda et Seth, ont commencé leur voyage à Carthagène en Colombie et se dirigent vers Ushuaia. Nous échangeons évidemment nos informations!

L’objectif de la journée est d’atteindre Cerro de Pasco, à 4,388 mètres. Nous y sommes presque quand nous frôlons la catastrophe. 

Charles raconte:
« Je pédale allègrement dans la montée qui nous mène à Cerro de Pasco. Cette ville auto-proclamée la plus haute au monde nous attend! Mais en ce qui me concerne, elle aurait pu m’attendre pour l’éternité…J’avance bien quand à l’approche d’une courbe, une voiture qui vient en sens inverse fait une manoeuvre pour éviter un trou dans la chaussée et du coup perd le contrôle… La voiture se met à déraper en zigzaguant  et je me trouve dans la trajectoire… que faire? Je pense, sauter à gauche? À droite? Par dessus? Ou rien? Le temps de penser et voilà que l’auto est sur moi…et passe à 70 km/h à 3 mètres devant moi pour aller s’emboutir dans la falaise. Je reçois quelques cailloux et je suis soudainement enveloppé dans un nuage de poussière. Je jette un regard sur ma droite et aperçois la voiture effectuer un spectaculaire tonneau et retomber sur le toit au haut du promontoire… C’est fini…Je suis sain et sauf mais il s’en est fallu de peu! Je pousse tranquillement mon vélo jusqu’à un poteau de ciment pour le stationner puis me dirige en marchant vers le véhicule accidenté…Le conducteur est-il blessé ou mourant? Y-a-t-il des passagers avec lui? La voiture est en piètre état et git sur le côté…Tout à coup, la portière s’ouvre et le mec sort du tas de ferraille sans aucune égratignure, sûrement qu’il portait sa ceinture! 
Je n’ai même pas eu le temps d’avoir peur. Je n’ai qu’analysé la trajectoire du véhicule en perdition et en fin de compte, je n’ai eu aucun geste à poser…et me voilà toujours en vie!
Le chauffeur du véhicule allait trop vite comme bien des Péruviens qui privilégient le klaxon au freinage et la témérité à la plus simple prudence!  Mais quand même! Heureusement que le  chauffeur a opté pour la falaise et laissé le cycliste intact pour qu’il puisse voir l’énorme trou de la mine au beau milieu de la ville de Cerro de Pasco! »

Denise raconte:
«Nous sommes dans les derniers kilomètres de montée vers Cerro de Pasco et je suis concentrée sur ma cadence de pédalage quand j’entends un crissement de pneus devant moi. Je lève les yeux et j’aperçois Charles à environ 30 mètres, dans un grand nuage de poussière, et d’où je suis,  j’ai l’impression qu’il tombe brusquement de son vélo! Puis sur sa droite, je vois l’auto filer dans la falaise! Je suis certaine que Charles a été touché!!! Je hurle: « Charles! Es-tu correct??? » Il me répond vite que tout va bien. Le coeur me bat à vive allure, je sprinte les derniers mètres pour le rejoindre et nous nous dirigeons vers le véhicule accidenté. Plusieurs autos se sont arrêtées, et les gens accourent. Quand nous constatons que le conducteur est indemne, je ne peux m’empêcher d’exploser de colère! Il semble jeter le blâme sur le fait que Charles était sur la chaussée pour expliquer qu’il s’est retrouvé dans la falaise!!! Dans mon meilleur espagnol, je lui dit que c’est sa conduite dangereuse qui a provoqué l’accident, et qu’il a failli tuer mon mari! Un autre conducteur sympathise avec nous et confirme que la plupart des Péruviens conduisent comme des ‘locos’ (fous!)!!! Je me calme…je ne peux que remercier le ciel que Charles s’en sorte indemne, et même si je suis très fâchée contre ce conducteur imprudent, Dieu merci, il n’a rien, à part un gros problème pour expliquer à sa soeur (c’était son auto!) ce qui s’est passé avec sa belle voiture neuve. »

C’est la plus grande frousse que nous ayons eu jusqu’à maintenant! On nous demande souvent si c’est dangereux pédaler en Amérique du Sud…Il faut croire qu’on s’habitue à tout, car nous nous sentions confiants et ce, malgré le fait que nous observions les comportements aberrants des conducteurs péruviens. Un cyclo-sportif péruvien nous a même prévenu une fois, en anglais: « Watch out, they’re animals! » Étrange paradoxe, où dans le quotidien, le Péruvien semble détendu, jamais pressé, que ça soit dans les queues interminables un peu partout, ou dans le service dans les magasins ou les restaurants, mais placez-le derrière un volant et il devient fou furieux et fonce partout et sur tout à toute allure, dans le style, ça passe ou ça casse, la main constamment sur le klaxon, tassez-vous mononcle et matante!!! Ajoutez à cela qu’ils conduisent sur les routes les plus dangereuses au monde par leur profil en lacets à flanc de falaises voisinant de vertigineux ravins et vous avez tout ce qu’il faut pour mettre en danger les cyclistes aventureux…et bien sûr, tous les pauvres paysans qui doivent traverser ces routes avec leurs troupeaux. Nous avons vu souvent des chèvres, des moutons, des alpagas, et même des cochons menacés de mort par ces fous du volant! Voilà, c’est dit. 

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Évidemment, Cerro de Pasco ne nous laissera pas de grande impression…Ville minière hyper-polluée, bâtie autour d’un immense cratère laissé par la mine, elle rebute par son climat froid et humide. Nous y avons heureusement déniché un hôtel avec chaufferette. Au matin, il fait -2 degrés et toutes les montagnes sont couvertes de givre. Il faut s’habiller chaudement pour entreprendre la longue descente vers Huanuco. Cependant à mi-chemin, on commence à enlever des pelures car le mercure grimpe à mesure que nous descendons, jusqu’à atteindre 33 degrés à notre arrivée à Huanuco. Quel contraste! 

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Après une journée de repos au chaud, notre trajet nous ramène de nouveau dans les hauteurs et les températures plus froides. Nous nous dirigeons vers Huaraz et la route traverse la pointe sud du parc de Huascaran, se faufilant entre les sommets de la Cordillera Blanca. Nous faisons d’abord étape dans un petit village où on nous offre un ‘cuarto’ pour la nuit: il s’agit tout simplement d’une pièce avec un vieux lit, dans un bâtiment en adobe, et pour toilettes, un trou dans la cour…Pas très invitant, mais au moins, nous avons un toit.

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Il y aura aussi un bivouac très agréable au bord d’une rivière, un peu avant La Union, puis une dernière étape à Huallanca en hôtel avant que nous nous retrouvions dans la nature dans le parc de Huascaran. Laissez moi vous dire que la montée n’a pas été de tout repos! Dès que nous dépassons les 4,000 mètres, nous sentons que l’air est plus rare et chaque coup de pédale demande un effort supplémentaire. De plus, un ciel menaçant nous fait craindre le pire…

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Fin d’après-midi, un peu avant d’arriver à l’intersection de la route en gravier traversant le parc, une soudaine averse de grésil nous stoppe pendant une dizaine de minutes, puis le ciel semble vouloir se calmer. Nous continuons donc l’ascension espérant franchir la passe à 4,860 mètres, mais tout à coup, comme cela peut se produire fréquemment à cette hauteur, le temps vire au pire! Nous apercevons un espace relativement plat et vite, nous montons la tente pour pouvoir nous abriter. Juste à temps! Il neige à plein ciel, et le vent souffle fort. Nous parvenons à nous cuisiner une soupe nourrissante sous la tente, et il n’y a rien d’autre à faire qu’à souhaiter que ça arrête. Il faut secouer la tente régulièrement pour éviter qu’elle ne s’affaisse…Notre Hilleberg est excellente, mais elle n’est pas conçue pour l’hiver! Au bout de quelques heures de suspens, enfin, la neige cesse. Finalement, nous dormirons relativement bien dans nos duvets, mais au matin, tout est mouillé de condensation et il faut quasiment pelleter autour de la tente! On ne peut s’attarder longtemps, il faut vite terminer la passe et redescendre à une altitude plus raisonnable. Plus facile à dire qu’à faire! Les jambes peinent, le souffle est court, mais on y arrive finalement et comme pour nous récompenser, un ciel de plus en plus lumineux nous permet de découvrir des panoramas époustouflants sur la fameuse Cordillera Blanca…qui porte drôlement bien son nom aujourd’hui!

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Peu à peu, nous quittons les sommets enneigés pour traverser une zone où poussent des plantes rares, les ‘puya raimondii’. Cette espèce de la famille des bromélaciées vit environ 100 ans et avec sa hampe florale, peut atteindre 3 mètres. Nous faisons justement bivouac au pied d’une pente où se dressent des centaines de ces plantes inusitées.

Le reste du trajet s’effectue sans trop de difficulté, puisque nous descendons pratiquement tout le temps, heureusement, car le ‘ripio’ est loin d’être en bon état! Il faut travailler fort pour maintenir le vélo droit, ça muscle autant les bras que les jambes. Quand nous retrouvons finalement le pavé à Pachacoto, ça file allègrement en direction de Huaraz. Nous y dénichons un B&B agréable où nous passerons AU MOINS une semaine. Nos corps nous disent qu’ils doivent bouder les vélos pour un temps…

Cela nous permettra aussi d’évaluer la suite de notre itinéraire. En effet, Charles en a assez des montagnes, mais Denise, même si c’est difficile, apprécie les paysages sans pareil qu’elles procurent…Irons-nous vers la côte, ou continuerons-nous dans les hauteurs jusqu’en Équateur? Bien des discussions en perspective…

À suivre…

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17 juin 2015

Newsletter #27 - Cusco à Ayacucho

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Quitter Cusco, c’est quitter un Pérou totalement ouvert aux touristes, avec tous les avantages et inconvénients se rattachant au fait que d’innombrables visiteurs étrangers envahissent certains des endroits les plus photogéniques du pays. Comme nord-américain, on s’y sent moins dépaysé, tout y est plus facile…si on a un bon budget évidemment. L’effet pervers de cette affluence, c’est la perte d’authenticité, la mise en scène constante pour le touriste. On a parfois l’impression que nous sommes des portefeuilles sur pattes sans limite de crédit!

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Quand nous reprenons la route vers Abancay, force est de constater que nous entrons maintenant dans un Pérou plus ‘vrai’, un Pérou profond, pourrait-on dire…Peu de touristes fréquentent ces terres hautes, au coeur des Andes. Nous y sommes confrontés pour la première fois à ce que nous appelons la ‘gringoguite’ aigüe! En effet, surtout après Abancay, en direction d’Ayacucho, nous entendons de plus en plus souvent le mot ‘gringo’ crié à notre passage. Ce terme péjoratif pour désigner l’étranger nous écorche plus ou moins les oreilles…surtout quand il est lancé d’un ton méprisant. Hum! tu parles d’un accueil pour les visiteurs que nous sommes.

L’origine de ce terme est plutôt flou. Vieux préjugé datant de l’époque coloniale, plus ou moins entretenu par un fort courant anti-impérialisme américain alimenté par l’attitude gourmande de certaines grandes compagnies minières, cette manie de traiter tout étranger de ‘gringo’ semble entrée dans les moeurs de plusieurs Péruviens, surtout dans les campagnes et les petites villes. Évidemment, tout est dans le ton et le contexte…

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À l’opposé, et heureusement la plupart du temps, les gens nous saluent joyeusement de Hòla! chaleureux et viennent nous questionner sur notre périple. Nous faisons chaque fois l’effort de parler espagnol, même si ici dans cette région, beaucoup de gens plus âgés parlent surtout le ‘quechua’. Quand nous posons des questions sur le mode de vie et sur l’agriculture, les locaux se font un plaisir de nous expliquer les différentes cultures du coin et nous offrent généreusement fruits et légumes à goûter.

Le Pérou, terre de contrastes: complètement ouvert aux visiteurs dans certaines régions et plus ou moins refermé sur lui-même dans les coins les plus reculés. 

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Sur le plan physique, le Pérou, pour nous, c’est aussi le pays le plus difficile que nous ayons pédalé jusqu’à maintenant. Après avoir expérimenté d’horribles routes de ‘ripio’, nous avons maintenant le goût de filer sur du bitume autant que faire se peut. Heureusement pour nous, l’asphaltage de la route entre Abancay et Ayacucho a été complété l’année dernière ce qui nous a facilité un peu la tâche, je dis bien un peu, car tout le trajet entre Cusco et Ayacucho n’est quand même pas une sinécure!

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Résumons en quelques chiffres ce que cela représente: nous avons gravi plus de 10,187 mètres de dénivelé, en 600km. Nous sommes passé 4 fois de moins de 2,000 mètres à plus de 4,000 mètres, frôlant les nuages, passant par dessus de temps en temps, et nous y perdant même à l’occasion. Montée ardue d’une journée sur plus de 35 km de route en lacets, pour redescendre le tout en moins d’une heure, et, hop! ça nous prend toute la journée du lendemain pour remonter encore une fois. Ça vous endurcit le mollet pas à peu près! Et que dire du moral qui doit rester d’acier face au défi. Nous avons des journées plus difficiles évidemment, mais dans l’ensemble, nous sommes surpris de l’endurance que nous développons peu à peu. Après les Andes, y aura-t-il des côtes qui nous feront peur? Bon…restons humbles car il nous reste quand même au moins 50,000 mètres de dénivelé à franchir jusqu’à l’Équateur…

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Ah! oui! autre élément de fierté pour nous: il y a quelques jours, nous avons franchi la barre des 13,000 kilomètres depuis le début du voyage!

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Si nous nous sentons plus forts, nos bécanes elles, commencent à ressentir les contrecoups de tout ce qu’on leur a fait subir ces derniers mois. Outre l’entretien habituel comme les changements de plaquettes de freins et de chaines, nous devons remplacer quelques pièces usées ici et là, entre autres, une roulette du tenseur de chaine sur le vélo de Denise qui vient de se briser. Comble de chance si on peut dire, le bris survient à Ayacucho et une boutique de vélo rudimentaire a pu nous dépanner en démontant un dérailleur ‘cheap’ pour nous vendre les 2 petites roulettes pour 8 soles! ($3) (Ça nous en fait une de réserve!) C’est un petit miracle compte tenu de la rareté et surtout du peu de qualité des ateliers de réparation de bicyclettes ici au Pérou. Prions pour que nos montures tiennent le coup jusqu’à ce que nous arrivions dans un pays où la culture vélo est plus active…

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Outre le défi physique qu’il représente, ce trajet en dents de scie qui nous a fait passer de basse à haute altitude constamment, nous a amené à traverser une diversité de paysages incroyables. Plus bas, la végétation est luxuriante, quasi tropicale, avec moustiques voraces en prime, alors que sur les hauts plateaux, tout est plus aride et les températures y frôlent le zéro. Quant aux zones intermédiaires, on y aperçoit une variété de cultures impressionnantes: maïs, blé, quinoa et pommes de terre entre autres. L’agriculture est d’ailleurs la principale ressource économique de ce coin du Pérou.

Ce parcours en montagnes russes nous a aussi fait expérimenter des extrêmes côté hébergement. Nous avons campé près du rio Apurimac en basse altitude, nous faisant dévorer tout ronds par de petits moustiques tenaces et à l’opposé, nous avons fait bivouac à plus de 4,000 mètres sous un froid de canard à plus ou moins zéro. Maigre compensation: aucun moustique à cette hauteur! Il y aussi cette fois où nous nous sommes réveillés dans une brume épaisse, tout mouillés, dans un froid mordant, avec l’impression de flotter sur les nuages…

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Chaque fois que l’occasion se présentait, nous sommes arrêtés dans des villages, cherchant un ‘hostal’ quelconque histoire de nous mettre à l’abri du froid ou des moustiques. Mais là aussi, nous avons vu de tout. À Kishuara, par exemple, on nous a offert une petite ‘chambre’ sans fenêtre au sol de ciment, avec un lit bancal juste à côté de l’enclos des ‘cuy’  qui couinaient, avec pour toilette, un coin dans la cour avec un simple trou dans le ciment…vous dire l’odeur que ça dégageait! Non! nous ne sommes pas restés, nous avons opté pour le seul autre ‘hostal’, lui aussi très rudimentaire mais au moins un peu plus propre. Évidemment qui dit hôtel au Pérou, dit aussi niveau de bruit très élevé, alors les bouchons pour les oreilles sont un ‘must’! 

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Mais soyons francs, nous ne sommes pas toujours dans la misère, tout de même. Dans les villes un peu plus grosses, nous nous permettons des petit hôtels 3 étoiles dont certains nous surprennent agréablement par leur niveau de confort, et ce, à très petits prix pour nous. Il faut tout de même se faire plaisir de temps en temps, et il est amusant de constater à quel point prendre une VRAIE douche chaude peut devenir jouissif après quelques jours à camper au froid…

Nous sommes donc à présent installés à Ayacucho dans un petit hôtel sympathique. Nous y restons quelques jours pour laisser les muscles se détendre et réparer les vélos, histoire d’affronter de nouveau quelques bonnes montées andines sur la route vers le nord du pays. 




À suivre…

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